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Histoire de la commune

Si Loiré m’était conté

Généralités

Vérines, dont le nom atteste l’existence d’un atelier de verrerie dans l’Antiquité ou au Moyen-âge, est bâti sur une hauteur de 30 mètres (centre de la commune). Au village de Loiré (du nom Gallo-Romain « Laurius »), des découvertes archéologiques (sesterce de Faustine, meule, fragments de tuiles à rebords, tessons de céramiques) témoignent d’une occupation du sol à l’époque Gallo-Romaine.

Loiré était une seigneurie au Moyen-Âge. Le village était situé à proximité de l’un des chemins empruntés par les pèlerins qui, venant du Bas-Poitou, de Bretagne et même d’Angleterre, se rendaient à Saint-Jacques de Compostelle en Espagne. C’est la raison pour laquelle la Collégiale de Roncevaux en Navarre espagnole, avait fondé un prieuré Notre-Dame de Roncevaux au nord-ouest du village. L’existence de cette maison hospitalière se fonde sur des documents d’archives et sur des sondages archéologiques.

Le village de Fontpatour, dont le nom signifie « La fontaine du Pasteur » a un relief plus varié. Il possédait au Moyen-âge un château fort disparu aujourd’hui. L’existence du village est mentionné au 13ème siècle dans les enquêtes administratives d’Alphonse de Poitiers (1220-1271). L’existence d’un château-fort à Fontpatour est attestée par une gravure de Claude CHATILLON (1547-1616). Four Patur, pour les historiens qui ont étudié l’ouvrage de cet ingénieur topographe, correspond bien à Fontpatour – village de la commune de Vérines). Le premier Seigneur de Fontpatour aurait été François de Verryères, marié à Marie du Barry (parchemin de la fin du 16ème siècle), à qui succéderont les « De La Rochefoucauld », Charles puis François (mort vers 1665) et ensuite Casimir. Après les « De la Rochefoucauld », ce sont les « Lambertye » qui deviennent seigneurs de Fontpatour. Les « Boutel » ont été les derniers seigneurs de Fontpatour (au moment de la Révolution de 1789).

Des origines jusqu’à la fin du 17ème siècle

La Commune de Vérines est l’ancienne paroisse du même nom et dont l’origine est assez obscure. Elle fait partie de cet arrière-pays rochelais, bloqué par la mer et les marais de la Sèvre et de la Charente, qui semble avoir été peu habité aux époques gauloise et même gallo-romaine. Pas de document particulier pendant les périodes gauloise, romaine ou le Moyen-Age. On imagine que la conversion plus ou moins totale au christianisme des habitants eut lieu du 4ème au 5ème siècle. Même ignorance en ce qui concerne les invasions barbares, ses violences et ses exactions habituelles.  L’existence au 10ème siècle d’un monastère à Saint-Sauveur-de-Nuaillé doté de la possession des salines sur la côte, les passages à Nuaillé et ceux de Port Bertrand et de Fraize, à travers les marais, favorisèrent peut-être la naissance des villages de Loiré, Vérines et Fontpatour.

À cette époque, des monastères et abbayes étaient propriétaires de domaines ou terrains. Il en reste aujourd’hui une trace à Vérines : le fief dit de Charron. Seule l’origine de Vérines paraît spécialement religieuse. L’Église de Vérines était sous l’ancien régime un prieuré cure desservi par un prieur curé. Mais, quelle est l’origine des prieurés cures, autrefois très nombreux ?

  • 1307 : la paroisse de Vérines existait (après le refus de payer les dîmes et procès, la paroisse fût taxée à 3 livres, celle de Sainte-Soulle à 10 livres)
  • 1326 : un document de cette époque confirme que le prieuré de Vérines dépendait bien du Monastère d’Anais

La dépendance de Vérines par rapport à Anais se trouve ainsi bien caractérisée. Le nom de Vérines viendrait-il de cette église primitive des moines qui aurait possédé un vitrail, une « verrine » comme le vieux français nommait ces vitrages ; on peut le supposer. Cette particularité alors assez nouvelle et peut être rare aurait valu à la paroisse le nom que nous lui connaissons. L’église de Notre-Dame à la Verrine (ou la Verrine de Notre-Dame) serait devenue Notre-Dame de Vérines, l’hypothèse est soutenable sans invraisemblance. A la lumière de ces documents nous pouvons résumer les origines de la paroisse, souche de la commune de Vérines, comme suit. Au 10ème siècle, un monastère dépendant de Saint-Martial de Limoges fut fondé à Anais et doté par le Comte de Poitiers d’un prévôté lui donnant des droits de justice. Ce monastère se développa aux alentours et créa à Vérines un prieuré annexé avec une chapelle. Cette annexe eut bientôt la charge d’assurer le service religieux des habitants du voisinage, elle devint une paroisse desservie par un moine d’Anais, prieuré curé de Vérines. Cette situation existait au 13ème siècle et sans doute auparavant.

A partir de 1535, lors de la sécularisation de l’abbaye de St Martial, le prieuré cure de Vérines dut être desservi par un prêtre séculier. Le chapître de Saint-Martial constitua alors en faveur de la cure de Vérines dont il resta le collateur un bénéfice en lui abandonnant le droit de huitaine sur les terres de sa dépendance dans la paroisse, soit le fief d’Anais. Le chapître conservait la prévôté et tous ses droits honorifiques. Cette situation dura jusqu’à la Révolution. C’est à cette chapelle que la paroisse et plus tard la commune de Vérines doit son existence et peut-être son nom. Avec la guerre de 100 ans, beaucoup de destructions, de transformations dans les droits territoriaux des seigneuries et des abbayes. Après cette longue guerre, ce fut un siècle de paix pour la religion.

Premier curé de Vérines : Jean Trutault, mais jusqu’en 1638 pas d’indication sur son successeur. Vérines était une paroisse « pauvre ». La petite église du début dura sans histoire jusqu’à la période de troubles qui marqua les guerres de religion. Dès le milieu du 16ème siècle, les troubles reviennent en Aunis. La Rochelle fut comme on sait un des boulevards de la Réforme, et les bourgades voisines en pâtirent longtemps. Les populations campagnardes ne semblent pas avoir été toutes entières protestantes, mais nombre de petits seigneurs locaux suivirent les idées nouvelles entraînant paysans et serviteurs à leur suite. Comment se fit la transformation à Vérines, nous l’ignorons. Il semble que le foyer principal de la réforme fût plutôt situé à Fontpatour plutôt qu’à Vérines où l’influence du Curé Prieur résident était plus immédiate.  Un centre assez actif se forma certainement à Fontpatour et il fût durable puisque les seigneurs d’alors appartenant à la maison de La Rochefoucault restèrent jusqu’à la Révocation de l’Edit de Nantes : fidèles à la religion réformée. Il y eut dans ce village sinon un temple véritable, du moins un lieu de réunion ; l’emplacement dénommé « Chapelle des Huguenots » à la bifurcation des chemins Fontpatour – Vérines et Fontpatour – Angliers en fait foi.

Au milieu du 17ème siècle il y avait là encore un cimetière protestant qui dut disparaître lors de la révocation de l’Édit de Nantes. Vérines comme le pays d’Aunis fut ravagé. Ce qui avait pu être reconstruit au siècle précédent fut à nouveau anéanti. Et c’est l’avènement de Henri IV et la proclamation de l’Edit de Nantes, prélude de la paix religieuse. Il fallut attendre 1630 pour que fussent relevées les ruines de la période antérieure et c’est dans les années suivantes que fut bénie là « nouvelle église ». C’est ensuite une longue période de grandeur nationale, dont le règne de Louis XIV marque l’apogée. Pendant trois siècles le pays d’Aunis vivra à peu près dans le calme.

Les 12ème et 13ème siècles jusqu’à la Révolution, des documents permettent de mieux connaître cette période:

  • Registres paroissiaux de baptêmes, mariages, décès (archives départementales 1668-1691, Mairie : 1700 à 1792)
  • Actes dressés par les ministres protestants de Bourgneuf pour la communauté réformée de Fontpatour, Vérines et des environs (1668 à 1684)

A noter qu’à cette époque, la paroisse était l’organe local de l’administration fort réduite d’ailleurs. Avec la révocation de l’Edit de Nantes, les protestants disparurent (abjurations -émigrations). Subsistent les noms des titulaires du prieuré cure de Vérines depuis 1630. L’un d’eux fut curé de 1658 à 1703. Il s’attacha à la restauration matérielle de l’église de Vérines. Il fut enterré dans le chœur de l’église.

  • 1716 : un curé de la même famille bénit « la cloche » (il n’y en avait probablement pas avant). Parrain : le seigneur de la Chausselière
  • 15 août 1731 : la nouvelle église est bénie
  • 22 septembre 1745 : une autre cloche est bénie
  • 1752 : pavage du sol – mise en place de la sacristie – mise en place du retable (les sculptures coûtaient 102 livres – la peinture d’un tableau placé au grand autel coûta également 102 livres)
  • 1791 : avec le départ du curé en place se termine la série des prieurs curés de Vérines sous ce régime d’avant la Révolution. Il faudra attendre 34 ans avant la désignation d’un nouveau curé. (Évaluation des ressources du prieur curé de Vérines à cette époque : de 2000 à 4000 livres). Pour l’administration des revenus propres de l’Église et pour son entretien, le prieur curé avait comme auxiliaires deux « fabriqueurs » nommés par l’assemblée des habitants à l’issue d’une grand’messe. Anecdote : Remarquons enfin parmi les recettes de la fabrique le produit de quêtes en nature faites au moment de Noël et du nouvel an ; ces quêtes s’appelaient quête de la filasse, du froment, du Turquie ou maïs, du lard. Les matières recueillies étaient vendues aux enchères dés le Jour de l’An à la sortie de la messe et l’ensemble de la recette portait le nom de la « Guillaneu ». Ce n’est pas autre chose que le nom corrompu de l’expression « Au Gui l’an neuf» qui rappelle le souvenir lointain d’une coutume gauloise dont la trace se retrouve encore aujourd’hui dans certaines traditions canadiennes. Quelques donations enfin apportaient parfois des ressources extraordinaires à la fabrique. Que savons-nous de ce temps ?

Au début du 18ème siècle, Vérines était une paroisse de huit à neuf cents habitants ; une évaluation faite alors par l’intendant Bégon lui attribua 204 feux avec une moyenne de quatre habitants par feu. Les lieux habités sont ceux d’aujourd’hui : Vérines, Lardillon, Loiré, Fontpatour, Les Noues, La Chausselière et Fraize. L’ingénieur militaire Masse dans sa notice sur l’Aunis écrit en ce qui concerne Vérines ce qui suit : « Le Bourg est situé sur un terrain le plus haut de l’Aunis, le territoire de cette paroisse est en partie en terres labourées et en vignobles où il y a beaucoup de cerisiers et autres arbres fruitiers surtout autour de Vérines dont l’église paroissiale est assez jolie ». Et plus loin il cite comme une jolie demeure « le château de Fontpatour » qui est flanqué par des tours et enceint de fossés pleins d’eau. Le plan cadastral de 1832 indique encore celle disposition des lieux à une place voisine de celle qu’occupe aujourd’hui la maison Naudin, celui-ci établit que la destruction définitive du château de Fontpatour ne peut dater de plus d’un siècle environ. Au 18 ème siècle sur le territoire de la paroisse de Vérines, beaucoup de terres étaient devenues propriétés particulières, mais restaient grevées de droits féodaux au profit des anciens seigneurs possesseurs. A cette époque il n’y avait d’unité administrative qu’en ce qui concernait la perception de la taille, impôt de l’État et non communal que payaient seuls les non-nobles. Étaient chargés de cette tâche, le syndic et ses assesseurs, choisis par les habitants. Le bourg de Vérines avait été autrefois sur une voie fréquentée, le chemin direct de la Rochelle à Niort par Chagnollet, Sainte-Soulle, avec franchissement du marais à Port-Bertrand ; mais depuis la destruction de ce dernier passage en 1575, le trafic se faisait de plus en plus par la route de la Rochelle à Nuaillé; celle-ci fut l’objet de travaux importants à la fin du 17 ème et au début du 18 ème siècle. On y aménagea la chaussée sur le marais aux abords de Nuaillé et on établit des ponts au Bot. Quant au chemin allant d’Aigrefeuille à Marans par les trois agglomérations de Fontpatour, Vérines et Loiré il n’avait pas l’importance qu’on aurait souhaitée car il se heurtait à Fontpatour à des passages de ruisseaux difficiles et il en était de même à Longèves ; la situation s’aggravait encore à Sérigny à la traversée du marais. Ce n’est qu’assez tard sous Louis XV qu’on put établir là une chaussée ; il fallut vaincre l’opposition des seigneurs d’Andilly qui affermaient le passage à des bateliers, lesquels tenaient autant qu’ils le pouvaient les eaux hautes pour rendre leur service obligatoire. Quant au passage de Fraize, il ne servait guère qu’aux relations restreintes avec Anais.

  • 1714 : 204 feux (foyers)
  • 1700 à 1716 : moyenne annuelle des naissances : 42 (mortalité importante des enfants due en partie au mode d’alimentation) La profession la plus répandue était celle de cultivateur, on disait « laboureur » – vignerons, tonneliers, fariniers, cabaretiers. On filait, on tissait.  » On rencontrait des ouvriers faisant leur « tour de France » des marchands ambulants (colporteurs) des mendiants et miséreux circulaient dans les campagnes. Médecins : depuis 1668 – notaires depuis 1668 ; une étude à Vérines qui fut ensuite absorbée par Bourgneuf. Employés des fermes royales (perception impôts affermés par le Roi par le truchement des fermiers généraux).
  • 1688 : existence d’une brigade de gardes à cheval pour la perception des droits sur le sel. Pas de service militaire, mais des milices provinciales. Chaque paroisse dut fournir et équiper un milicien L’instruction était peu répandue (instituteur, seconde moitié du 18 ème siècle)
  • 1756 : un instructeur de jeunesse
  • 1751 : un régent d’école à Loiré, pour vivre, exercice d’un métier supplémentaire. Souvent l’école n’était ouverte que le matin et fermée au moment des travaux agricoles. Culture principale : la vigne (introduction à Vérines des plans de « folle » et de « Balzac »). La distillation contribue au déboisement de la région (augmentation des superficies du vignoble)
  • En 1797 : 2336 journaux de vigne contre 1350 journaux de terre, 100 journaux de près et 100 de maisons et dépendances.

Tous ces petits récoltants et laboureurs avaient beaucoup de peine à améliorer leur sort ; on vivait petitement, et les années où la vigne gelait étaient désastreuses. L’aspect des villages se ressentait de cette pauvreté : maisons petites et entassées sans les bâtiments de servitude nécessaires aux cultivateurs d’aujourd’hui ; ayant peu de vin à loger, de foin et de paille à abriter, peu ou point de bétail ; ces laboureurs de vignes n’avaient nul besoin de grands chais ou de granges spacieuses que l’on trouvait seulement chez les possesseurs ou fermiers des domaines plus importants. Aussi, une population beaucoup plus nombreuse que celle d’aujourd’hui occupait une place beaucoup plus restreinte. Nous nous en rendons compte par les constructions qui se trouvent dans les recoins de nos villages à Lardillon, Vérines, Fontpatour et Loiré qui sont de nos jours abandonnées ou en ruines et où ont alors vécu des familles entières. L’entassement des maisons amenait un enchevêtrement de droits de passage, d’égouts, de puisage, origine de nombreuses discussions et querelles dont les raisons ont en grande partie perdu de leur ancienne valeur, ce qui fait qu’on est moins procédurier qu’autrefois. On peut se demander s’il y avait alors à Vérines des coutumes particulières : il ne semble pas, la paroisse ne se différenciait pas de ses voisines. Le costume était celui des paysans de l’Aunis qui s’est porté jusqu’au milieu du 19ème siècle : bonnet de laine noire ou blanche, sabots de bois, linge de grosse toile tissée dans le pays, pantalons de droguet et blouses de toile pour les hommes, larges jupons pour les femmes avec d’épais tabliers, bonnets élevés à pointes les « capots » qui ont disparu avec le 19ème siècle, tout cela dans le style de la région sans particularité locale. On annonçait les événements au prône ou à l’issue de la grand-messe ; à la porte de l’église ; là, ce faisaient ventes, criées, affermages ; l’église était alors non seulement l’édifice consacré au culte mais la véritable maison commune de la paroisse. Quelques habitudes de ce temps-là nous surprennent : il semble qu’alors on avait hâte de procéder à l’enterrement des défunts, les enterrements avaient à peu près toujours lieu le lendemain du décès et assez souvent le jour-même ; il n’est pas très rare de lire dans des actes d’inhumation « décédé de ce matin ». Peut-être faut-il voir dans l’exiguïté des logements la raison de cette coutume. Quant aux mariages, on en faisait souvent plusieurs le même jour et simultanément comme cela s’est perpétué longtemps en Bretagne.

La période révolutionnaire, jusqu’à la Constitution de l’An VIII, ou le Consulat de Bonaparte (1789-1800)

La commune, unité administrative, sortit de la paroisse avec son budget, ses ressources propres et régulières, ses charges et son conseil. Ce fut dans les bourgades, une grande nouveauté ; jusque-là, semblable chose n’avait existé que dans les villes et sous des formes diverses. Aucune trace d’une agitation particulière à Vérines pendant cette période (il n’y avait pas de seigneuries puissantes à dépouiller, pas de vastes domaines à acquérir tant sur la noblesse que sur le clergé). Ce furent alors :

  • la convocation des États Généraux par le Roi
  • le 24 janvier 1789, l’établissement d’un règlement déterminant le mode d’élection des représentants des trois ordres de l’État – Députés du Tiers Etat désignés par des délégués élus par les habitants des paroisses (+ de 25 ans et paiement d’un impôt) Le cahier qui fut établi à Vérines, une des 110 paroisses du bailliage de La Rochelle est un assez long document rédigé le 2 mars 1789 « en l’Assemblée de la paroisse de Vérines tenue par M. le Sénéchal d’Asnay sur le territoire duquel est située cette paroisse, en exécution des ordres du Roi et au désir de M. le Lieutenant Général de La Rochelle».

Il débuta ainsi : « Tous les habitants qui composent le Tiers État de la paroisse de Vérines convoqués et assemblés pour se choisir des représentants qui porteront à l’assemblée générale de la province leur cahier de remontrances, plaintes et doléances pour y avoir tel égard qu’il appartiendra dans la rédaction du cahier général qui sera présenté lors de la tenue des États Généraux ».

Pour Vérines, ne sont pas connus les noms des délégués paroissiaux élus alors, mais seulement ceux des signataires d’un premier document à l’origine de la grande transformation qui allait s’opérer. Les États Généraux convoqués, l’organisation municipale des paroisses fut bientôt créée, plusieurs lois se succédèrent à cet effet : 14 et 22 décembre 1789, 4 mars 1790 et 14 septembre 1791. Tout d’abord furent électeurs dans la paroisse les citoyens dits actifs, c’est-à-dire ceux âgés de 25 ans au moins et payant une contribution au moins égale au montant de trois journées de travail. Ces citoyens nommaient des officiers municipaux dont l’un appelé d’abord premier officier municipal eut bientôt le titre de Maire. Dans une commune de l’importance de Vérines à cette époque, il y avait un Maire et quatre officiers municipaux. Cela formait le Corps municipal qui délibérait sur toutes les affaires de l’administration communale normale ; Il lui était adjoint de droit un greffier pour toute la partie matérielle de celle administration et aussi un agent spécial dit procureur de la commune qui était chargé de défendre les intérêts de la commune tels que les lois les définissaient et de poursuivre s’il y avait lieu les affaires de celle commune ; c’était une sorte de ministère public devant un tribunal. Greffier et procureur étaient élus comme les officiers municipaux ; le procureur prit plus tard le titre d’agent national ou communal. En outre, la paroisse élisait un nombre de notables double de celui des officiers municipaux, soit dix à Vérines. Ces notables devaient être choisis parmi les citoyens payant une contribution égale à la valeur de 12 journées de travail. La réunion de ces dix notables aux cinq membres du Corps municipal formait le Conseil général de la commune chargé de la délibération dans les cas extraordinaires. Greffier et Procureur gardaient vis-à-vis du Conseil Général de la Commune les mêmes attributions que vis-à-vis du Corps municipal. Les membres des Conseils étaient élus pour deux ans avec renouvellement par moitié chaque année.

La première municipalité de Vérines dut être élue au début de 1790. Quel fut le premier Maire de Vérines ? Probablement Etienne Baudry, un des signataires du cahier de doléances de la Paroisse en mars 1789. En 1791, remplacement probable de la municipalité, puis en 1794. En mars, la Convention envoie dans le parlement son représentant, M. Lequinie qui s’empresse d’épurer les administrations et charge l’agent national du district de La Rochelle de désigner d’office de nouvelles municipalités. Les nouveaux administrateurs se réunissent de suite le 27 Ventôse an Il (17 mars 1794) en vertu disent-ils « de la marque de confiance que l’on nous donne » et ils poursuivent ainsi ; « Trop jaloux de prouver le pur civisme qui nous a toujours conduits et nous conduira toujours, nous acceptons toutes les places que l’on veut bien nous confier et jurons de l’exercer en vrais républicains et sans-culottes ». C’est cette municipalité qui va présider aux destinées de la commune de Vérines jusqu’à la fin de la convention, ou plus exactement jusqu’à la mise en vigueur de la constitution de l’an III, soit durant dix-huit mois environ., Comme pour les précédentes, les procès-verbaux de ses délibérations font défaut. Si la naissance de la municipalité d’alors fut irrégulière, sa fin s’opéra très légalement.

La Constitution de l’an III (22 août 1795) supprima l’administration communale pour lui substituer une administration cantonale. La cellule communale ne fut cependant pas complètement détruite, mais son rôle fut notablement réduit. Il n’y eut plus de Conseil général de la commune, plus de Corps municipal délibérant, plus de Maire. L’ensemble des communes du Canton fut administré par un Conseil de Canton. Celui-ci était formé de la réunion des agents nationaux de chaque commune, ils se choisissaient un Président qui assurait la permanence dans l’intervalle des réunions et qui préparait les séances du Conseil. Dans chaque commune on conservait un agent national appelé aussi communal assisté d’un adjoint municipal ; (tous les deux élus pour deux ans ; ils devaient assurer l’exécution des décisions du Conseil cantonal et préparer les renseignements nécessaires aux délibérations de ce Conseil. Les registres de l’État Civil restaient tenus dans chaque commune, mais il arriva qu’en l’an VII et en l’an VIII en vertu d’une loi du 13 fructidor an VI (30 août 1798) tout mariage fut interdit hormis le jour de décadi et hors du chef-lieu de canton. Aussi, à cette époque les actes de mariages que nous trouvons sur les registres locaux ne sont plus qu’une transcription de l’acte véritable passé au chef-lieu de canton. En avril 1797, renouvellement normal de 2 places jusqu’à mise en vigueur de la Constitution de l’an VIII (17 février 1800) qui rétablit l’Administration Communale. Depuis le début de 1791, le curé ne percevait plus aucun des anciens revenus de sa Cure et aucun traitement. Lorsque les biens du clergé avaient été attribués à la Nation en 1790, l’État s’était engagé à donner un traitement aux religieux et curés dépossédés. Puis les églises vont fermer, le Clergé constitutionnel doit cesser son ministère et les curés remettre aux municipalités leurs lettres de prêtrises à la fin de l’année 1793 ; ils durent bientôt comme l’avaient fait leurs prédécesseurs non assermentés habiter hors de leur ancienne paroisse. Un décret du 26 Brumaire an Il (16 novembre 1793) avait décidé qu’églises et cures serviraient d’asiles aux pauvres et de maisons d’écoles. Nous ignorons la date du départ du curé Lambert, ce fut sans doute vers décembre 1793, car nous le voyons figurer sur un état dressé le 25 Prairial an II (13 juin 1794) comme un des prêtres qui ont cessé paisiblement leurs fonctions au mois de Nivôse précédent, (Décembre 1793 – Janvier 1794), qui ont abdiqué leur état et fonction, ont remis leurs lettres de prêtrise à leur municipalité et ont droit à une pension qui, pour Lambert était de 800 livres. Vérines cessa alors d’avoir un curé, il n’y eut plus de culte ; le matériel de l’église fut inventorié et vendu aux enchères sur place. Le procès-verbal de cette vente n’existe plus pour Vérines mais on peut juger de l’opération par celle qui fut faite à Bourgneuf sans doute à peu de jours de distance le 18 Ventôse an II (8 mars 1794) ; tout fut enlevé, linges d’autel, stalles, ornements divers, bénitier, tabernacle, mobilier, cierges, etc. Dans les clochers on ne conserva qu’une cloche, les autres furent envoyées dans les fonderies de canons de l’artillerie. C’est ainsi que des anciennes cloches du curé Langloys il n’existe plus qu’une seule aujourd’hui. Église et presbytère à Vérines restèrent d’abord fermés ; ils ne semblent pas avoir été utilisés ; le presbytère fut ensuite vendu le 22 Messidor an IV (10 juillet 1796) à Saintes.

Octobre 1791 – Organisation de la Garde Nationale avec tous les citoyens actifs de plus de 18 ans mais les éléments extérieurs et l’insurrection vendéenne (1793) lui enlevèrent ses éléments les plus vigoureux. Après la réquisition de 1793, la France entra dans la voie du service militaire obligatoire. La municipalité de Vérines en tout cas ne cessera plus jusqu’à la fin de l’Empire de dresser des listes de conscrits. S’ajoutent aussi d’autres réquisitions : celles de toute nature notamment les céréales. Vérines proteste. Raréfaction de la main d’œuvre. Les ventes de biens nationaux commencèrent de début de 1791 par celles des biens du Clergé puis par celles des biens des émigrés. Tout ce que nous venons d’exposer sur l’activité des municipalités successives de Vérines depuis le début de la Révolution jusqu’au Consulat de Bonaparte montre que ces administrateurs improvisés eurent à accomplir une rude tâche. Ils se plièrent aux exigences d’en haut, ils adoptèrent parfois la phraséologie de ce temps, mais ils paraissent n’avoir jamais fait acte de violence spontanée. Soit par la sagesse de la population, soit par l’habileté de ses dirigeants, soit peut-être plus simplement par inertie et passivité générales, Vérines resta calme durant la période révolutionnaire et aucun incident grave n’est à enregistrer dans l’histoire locale. Nous devons toutefois regretter que les documents qui se rapportent à cette période soient trop rares et qu’on en retrouve pour ainsi dire aucun aux archives de la mairie elle-même. Le sceau de la Mairie de Vérines de celle époque n’y a pas été conservé ; on en voit cependant un au Musée d’Orbigny de La Rochelle, c’est un cachet ovale gravé sur cuivre donné comme étant de la période révolutionnaire, il porte l’inscription : « Mairie de Vérines, arrondissement de La Rochelle ». Il ne saurait être antérieur à l’année 1800. Ce n’est en effet qu’en 1800 que les arrondissements remplacèrent les districts, ce cachet ne peut donc dater que du Consulat. Il représente une pique surmontée d’un bonnet phrygien avec un rameau de chêne abritant une ruche ; ce sont sans doute les emblèmes de la liberté, de la force et du travail.

La Constitution de l’An VIII, puis le Consulat et l’Empire (1800-1815)

Le coup de force du 16 Brumaire An VIII (11 novembre 1799) qui balaya les Conseils du Directoire mit fin à la période révolutionnaire.24 décembre 1799 : promulgation de la Constitution de l’An III sans attendre les résultats du plébiscite prescrit par cette Constitution (minorité de 1600 votants dans la France entière). Probablement pas d’opposition à Vérines. Les bases d’une administration française sont jetées et elle vit encore après être passée à travers les régimes qui se sont succédés.

  • Département, à sa tête : le Préfet
  • Arrondissement, à sa tête : le Sous-Préfet
  • Administration cantonale : elle disparaît
  • Le Conseil Municipal avec Maire et Adjoint naît

D’après les dispositions de la nouvelle Constitution, les citoyens âgés de plus de 21 ans, domiciliés depuis un an dans la commune nomment 1/10 d’entre eux pour constituer les notabilités communales : parmi ces notables le Préfet choisit conseillers, adjoint et maire. Aux échelons supérieurs se constituaient d’autres catégories de notabilités où étaient pris les administrateurs d’ordre plus élevé ; les conseillers d’arrondissement, les conseillers généraux, les membres des conseils du gouvernement, des assemblées, du Sénat.     

Cette constitution modifiée en 1802 lorsque Bonaparte fut nommé Consul à vie, et en 1804 lorsqu’il devint empereur, ne subit alors que des changements peu importants qui ne touchèrent pas l’organisation communale.

Le premier Maire désigné par le Préfet fut J. PICARD. Pendant 15 ans il administra sans incident (stabilité du régime napoléonien). Le rétablissement du culte catholique eut alors lieu, mais l’Église était depuis 1794, en état d’abandon, il n’y avait plus de presbytère, pas de curé (office à Sainte-Soulle). Le conseil décide alors de verser au vicaire qui desservirait la commune un traitement annuel de 675 F pour sa subsistance et son logement.

Anecdote : un « marguillier » se chargea des recettes et dépenses pour faire en sorte que l’église renaisse. Au titre des recettes : quêtes, enterrements (sonnerie de cloches, vente de vieux papiers et vente de la toile d’un vieux tableau). Dépenses : achat d’une corde neuve pour la cloche restante, d’un calice, d’un drap mortuaire, de chandeliers. Les travaux de la municipalité : – Expédition des affaires courantes – Levée des conscrits (qui fut très sévère et qui rendit l’Empire impopulaire – multiplication des réfractaires) A noter que la création des gardes champêtres à Vérines date de ce temps (appointements : 250 F par an).

  • 1810 : une statistique établit le nombre des bestiaux existant dans la commune : 45 chevaux, 53 juments, 3 poulains, 1 pouliche, 2 mulets, 14 bœufs, 69 vaches, 21 béliers, 450 brebis et 31 agneaux. La culture reste celle de la vigne. Après la chute de Napoléon en 1814, le même Maire resta durant la première Restauration et durant les 100 jours.

La Restauration – Règne de Louis XVIII et de Charles X (1815 -1830)

Vérines fut à l’écart des invasions de 1814 et de 1815, et le pays ne connut aucune agitation même lors du passage de l’Empereur allant de Niort à Rochefort et Fouras avant de s’embarquer de l’île d’Aix pour l’exil à Sainte Hélène. Il n’y eut alors aucun mouvement politique, la paix était unanimement désirée. Pendant la période précédente, fut relevé le nom de François de l’Ardillon, décédé alors qu’il était chef de bataillon. Cette triste période fut encore endeuillée à cause d’une épidémie qui sévit en 1895 dans la commune au point que l’on y enregistra 45 décès (18 seulement l’année suivante). Chose rare, les actes de décès durant cette épidémie portent la mention : mort par variole. Le Maire et les conseillers municipaux étaient toujours désignés par le Préfet, donc pas d’élections municipales. Des électeurs censitaires (c’est-à-dire payant un certain chiffre d’impôts directs – 300 F) votaient pour désigner les députés.

Qu’en est-il de la paroisse ? Enfin un prêtre fut nommé pour desservir la paroisse de Vérines, et le registre de la Fabrique relate cet évènement comme suit : « Aujourd’hui 29 octobre 1826, jour de la restauration de notre Eglise, après 34 ans d’abandon, Mgr l’Evêque ayant enfin jeté les yeux sur nous d’après nos sollicitations nous a accordé un desservant qui y a célébré aujourd’hui sa première messe à laquelle il a été ramassé pour quête dans l’église la somme de 27 F. » L’achat et la remise en état du presbytère avaient eu lieu (acquisition par la commune en 1822). La « fabrique » prit donc son fonctionnement légal tel qu’il était prévu par le Concordat et les décrets subséquents.

– En avril 1820 – nomination d’un instituteur à Vérines par le Recteur de l’Académie (pas de locaux, pas de logement). L’instruction donnée aux frais des parents restait toujours fort rudimentaire. – Le cadastre de Vérines fut achevé par un géomètre en 1830 et a été utilisé durant plus d’un siècle. – Novembre 1834 – il est fait état de différents entre l’Abbé alors en place et le maire très autoritaire. Anecdote : « Avons délibéré à l’égard du service qui devait avoir lieu à l’église de Vérines en commémoration de victimes de juillet et que cela n’a été qu’après avoir été bien d’accord avec le curé le 22 dudit mois, mais depuis cette époque le curé avait fait ses réflexions. Il a écrit au Maire le 25 au soir qu’il ait à se procurer 14 cierges vu que l’on ne pouvait pas faire la cérémonie sans cela. En conséquence nous avons délibéré : vu les contrariétés que le curé faisait à cet égard et qu’il était trop tard pour se procurer des cierges et que ce n’était pas au Conseil municipal de se charger de cela ; nous avons décidé puisque le curé ne voulait pas fournir de cierges qu’alors il n’y aurait pas de cérémonies à l’église. »

Comment se déroulaient les votes ? L’élection du mois de novembre 1834 qui donna lieu à protestation nous éclaire sur l’ambiance dans laquelle se faisaient alors les votes : si cala doit apporter quelque crédit aux affirmations des protestataires, elle montre aussi le caractère autoritaire du maire. Elle établit de plus qu’au-delà de l’opposition des idées politiques des divers partis il y avait une lutte réelle locale dressant Loiré et Vérines – Fontpatour l’un contre l’autre. D’après le procès-verbal la salle de vote était à Loiré à la maison commune et probablement chez le maire lui-même, il s’agissait de renouveler la moitié du Conseil. Une table pour le bureau était disposée isolément de manière que l’on puisse facilement circuler devant. A quelque distance une autre table était réservée aux électeurs pour y écrire leurs bulletins de vote ; la liste des électeurs était affichée au mur. Après lecture des documents officiels, chaque électeur devait écrire isolément son bulletin ou le faire écrire dans le sein de l’assemblée par un électeur de son choix s’il ne savait le faire lui-même. Avant de remettre son bulletin l’électeur devait déclarer : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume ». Il y eut au premier scrutin 84 votants, le vote ouvert à 8 heures fut clos à deux heures de l’après-midi. Le dépouillement donna : Perrin 58 voix, Huas 55, André Debègue 40, Pineau 38, Landriau 34 et Bonnet 34. Comme il n’y avait que deux élus et qu’il était 4 heures du soir on remit la suite au lendemain 10 heures. Le résultat du second vote fut le suivant : Césaire Duvignau d’Angliers 89 voix, Pineau 51 voix, Louis Billaud 46 voix et André Debègue 46 voix. Des incidents s’étaient produits : Un électeur avait fait écrire un bulletin sur la table dressée à cet effet par un autre électeur mais pour prêter serment il avait pris en main et suivi des yeux le papier portant la formule du serment ; le maire prétextant que cet électeur ne pouvait être illettré, fit refuser par le bureau son bulletin de vote, qu’il aurait dû écrire lui-même, d’où protestations. Par ailleurs un électeur franchissant l’espace qui séparait le bureau du reste de la salle avait voulu s’approcher de la table de ce bureau, il en avait été « ignominieusement chassé avec force et violence ». Il protestait contre ces faits et contre l’isolement suspect où voulait se tenir le bureau de vote « installé dans un hangar ouvert à tout vent de la largeur de 2,50 m au plus et à la distance de plus de sept mètres du lieu où étaient parqués les électeurs qui ne pouvaient approcher dudit bureau qu’à l’appel de leurs noms et sous le bon plaisir du garde champêtre qui en défendait l’accès le sabre à la main. » La protestation s’appuyait aussi sur le fait que le maire ayant convoqué les électeurs à Loiré ce fut une gêne pour ceux de Fontpatour. Le Conseil de préfecture déclara l’élection valable vue les renseignements fournis par le Maire et « notamment la copie d’un écrit affiché dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre sur un portail de Fontpatour intitulé : Avis aux électeurs de Vérines et de Fontpatour, où l’on cherche à irriter ces lecteurs contre ceux de Loiré ». Et le problème scolaire : Dès avant la Révolution, il y avait eu un maître d’école à Vérines et un autre à Loiré. Les instituteurs privés faisaient payer aux parents de leurs élèves une rétribution scolaire qu’on appelait « les mois d’école ». A peu près seuls les garçons apprenaient à lire et à écrire. La commune payait pour les enfants des familles indigentes et fournissait livres, alphabets, catéchismes (0,75 pour les débutants en lecture, 1,50 pour ceux qui apprenaient à écrire et à chiffrer). Il apparaît que le Maire cherchait à faire attribuer l’école communale à Loiré. Vérines avait à ce moment une institutrice pour les filles. 1836 – La Préfecture s’étonne que l’on souhaite partager le salaire (200 F) (budget communal) d’un instituteur entre deux personnes. L’école communale sera-t-elle installée à Loiré (5 février 1837) comme le souhaite la majorité du conseil ? Non, car l’inspecteur conclut dans un rapport qu’il convient d’établir l’école primaire communale à Vérines afin que celle-ci soit définitivement placée au chef-lieu de la Commune. Anecdote : La rétribution scolaire est un peu augmentée 1 F pour la lecture seule, 1 F 50 pour la lecture et l’écriture et 2 F pour lecture, écriture et calcul. La Révolution avait fait revivre la garde nationale ; elle s’était reconstituée dès les événements de juillet et au mois de septembre, la Préfecture en régularisa la formation. Bourgneuf, Vérines et Sainte-Soulle formaient un bataillon cantonal dont le centre était à Sainte-Soulle.

En 1832, le conseil municipal chercha à améliorer le service postal. En ce temps-là, on n’avait pas encore adopté le système des timbres-poste, le port de la lettre était payé à l’arrivée par le destinataire ; le timbre-poste ne sera créé qu’en 1848. On s’occupa aussi de l’amélioration des chemins ; en 1837 une demande fut faite en vue de faire classer comme chemin de grande communication celui qui dessert toute la commune par Fontpatour, Vérines et Loiré. Donnons enfin un renseignement sur la population. Un recensement fait en 1831 eut les résultats suivants : 1264 habitants pour la Commune, répartis comme suit : Vérines 251, Loiré 524, Fontpatour 384, Lardillon 81, Les Noue 7, La Chausselière 14, la Maisonnette 3. Il y avait 9 militaires aux armées, 72 veuves et 21 veufs, 305 filles et 309 garçons. La population allait en croissant puisqu’en 1840, Vérines comptait au total 1528 habitants ; nous voilà loin des chiffres donnés en 1799 avec 845 habitants. Ce chiffre était sans doute alors fortement réduit à cause de la présence aux armées d’un nombre élevé de soldats ; il n’en ressort pas moins que la population de Vérines était nettement en progression sous le règne de Louis-Philippe.

La Seconde République et La Présidence du Prince Louis Napoléon Bonaparte (1848-1852)

Février 1848 – chute de Louis-Philippe. Les préfets sont remplacés par des commissaires de gouvernement. Les municipalités furent invitées à affirmer leur loyalisme envers le nouveau régime. Le 11 mars 1848, les onze membres du conseil le firent à l’unanimité. Ce vote fut-il étonnant ! Remarquons que la vie politique n’avait pas dans nos villages une grande intensité, seules les questions locales et personnelles pouvaient passionner les assemblées communales ; ce sont celles-là qui avaient à Vérines causé l’agitation des dernières années. – Proclamation du suffrage universel : élection à Vérines en juillet 1848. – Octobre 1848 – le premier conseil municipal, nommé par le suffrage de tous fut définitivement constitué – Maire et Adjoint sont élus par le Conseil.

Après le coup d’Etat du Prince Louis Napoléon Bonaparte, c’est le préfet qui est à nouveau investi du droit de désigner les maires. Cette période de la Seconde République fut une période de grande agitation dans toute la France. Des mesures impopulaires (+ 45 centimes additionnels sur les contributions) et une habile propagande des Bonapartistes favorisèrent l’élection du Prince Louis Napoléon Bonaparte comme député du Département à l’Assemblée en avril 1848. Vérines vota alors pour le futur Napoléon Ill et fit de même pour son élection en décembre à la Présidence de la République. Durant ces cinq années si chargées au point de vue politique, le Conseil municipal n’eut à régler que les affaires courantes : budget habituel, avis sur le classement et le tracé du chemin de Dompierre à Bouhet par Fontpatour, réception d’un drapeau envoyé par la préfecture et qu’on arborera dans les circonstances solennelles, changement de garde-champêtre, désignation des écoliers indigents, fixation de la rétribution scolaire et surtout réparations à l’église et au clocher qui ont beaucoup souffert des années d’abandon.

Le Second Empire sous Napoléon III (1852 -1870)

Sous le Second Empire, le droit de suffrage resta universel, mais les maires et adjoints furent à nouveau désignés par le Préfet, qui avait même le droit de les choisir en dehors du Conseil, du moins à l’origine. Il n’y eut durant tout l’Empire, aucune modification importante de la composition du Conseil municipal. Des travaux importants et durables furent faits : construction des écoles communales, de la Mairie et déplacement du cimetière. (La prospérité générale des régions à cette époque permit de trouver les ressources nécessaires au financement des travaux). L’amélioration continue du réseau routier, la création de voies ferrées, les commodités de circulation et d’écoulement des produits agricoles qui en furent la conséquence amenèrent un grand développement de l’agriculture avec une extension toujours accrue de la culture de la vigne et de la fabrication des eaux de vie dont l’exportation fut plus facile. Le cultivateur, petit ou moyen, prit de plus en plus sa part des domaines qui avaient subsisté après la Révolution et qui commencèrent à se morceler.

Nous voyons alors tant à Vérines qu’à Loiré et Fontpatour se construire des maisons assez nombreuses, plus spacieuses que les anciennes, elles portent souvent à leur façade le millésime des années de l’Empire. Cette prospérité de l’Aunis et de la Saintonge sous le régime de Napoléon III est la raison principale qui rendit la Charente Inférieure bonapartiste et la maintint encore longtemps dans cette orientation politique après la chute de l’Empire. Datent de cette époque :

  • le Pont de pierre du Pont Seguin
  • le chemin d’Angliers à la Jarrie par Vérines qui fut classé et mis à largeur (1857-1862)
  • le chemin de fer de Niort à La Rochelle par Aigrefeuille et la Jarrie.

La population resta dense à Vérines à cause de la nécessité de labourer les vignes dont la majorité se cultivait encore à bras ; les recensements de cette époque font état de : 1328 habitants (1839). A propos de la construction des écoles, le conseil approuvait en janvier 1858 les acquisitions des propriétés nécessaires mais des concours de circonstances font que la direction de l’école des filles posait problème. L’institutrice se fait religieuse et présente ensuite une demande pour être agréée comme institutrice publique communale. La question était la suivante : enseignement congréganiste ou enseignement laïque. Il est décidé que la classe sera dirigée par une institutrice communale laïque. Le projet de construction peut donc se poursuivre comme prévu. Il y eut ainsi à Vérines à partir de 1860 une école primaire laïque (garçons d’une part et filles de l’autre) et une école privée de filles dans la maison, à l’entrée du bourg, par le chemin venant de St Coux, maison appelée encore aujourd’hui : Le Couvent. La construction de la nouvelle école s’achève en 1862. La nouvelle mairie est également installée. Vérines avait donc ses écoles, mais Loiré n’en avait pas. En 1867, le Conseil est invité à indiquer dans quel village pourrait être ouverte une école de hameau. Il désigne Loiré, mais déclare qu’il est sans ressources pour une telle création et la question sommeille. Elle est reprise et résolue en avril 1870 ; un bail est passé pour 5 ans et 110 F par an. La question des écoles communales est dès lors réglée pour quelques années. Le vieux cimetière autour de l’église était nettement insuffisant ; on y enterrait depuis des siècles du côté ouest les morts de Loiré, au centre ceux de Vérines, à l’est ceux de Fontpatour ; les fosses nouvelles mettaient à jour des ossements anciens en grande quantité ; on devait penser à l’abandonner. En septembre 1859 une pétition avait été faite par quelques habitants de Vérines ; ils demandaient qu’un nouveau cimetière fut créé et l’ancien abandonné ; arguant des mauvaises odeurs qui s’en exhalaient et des nécessités de l’hygiène. La pétition fut soumise au Conseil qui par 7 voix seulement admit le principe d’un déplacement éventuel ; il y eut deux opposants. Un mois plus tard le Conseil émet l’avis qu’on fasse l’acquisition d’un terrain de 70 ares, mais aucune solution n’intervient. L’affaire sommeilla durant quelques années et en 1867, la commune acheta un terrain de 61 ares au lieu-dit « Le petit clos » pour y établir le nouveau cimetière. Les inhumations cessèrent dans l’ancien cimetière le 27 avril 1867. En 1868, le curé Beaudeau qui avait exercé pendant 28 ans fut enterré auprès de la Croix centrale. Napoléon III engagea la France dans des guerres et des expéditions lointaines qui amenèrent des pertes d’hommes dont Vérines eut sa part. Le Second empire vit disparaître à peu près tous les anciens soldats des guerres de la République et de l’Empire En 1864 le Conseil avait acheté pour 5 francs un buste de Napoléon Ill qui fut placé dans la Mairie ; il a disparu à la chute de l’Empire six ans plus tard, peut-être brisé par un de ceux-là même qui avaient le plus affirmé leur fidélité et leur dévouement au régime qui s’écroulait.

Le gouvernement de la Défense Nationale et la 3ème République jusqu’en 1885 (1870-1885)

Pendant cette période grande instabilité municipale à Vérines (elle prit fin en 1885 à la nomination du Maire Eutrope Pezeaud qui dirigea la Commune sans interruption pendant 55 ans. La chute de l’Empire après le désastre de Sedan amena la formation du gouvernement de la Défense nationale qui proclama aussitôt la République. Préfets et municipalités du régime impérial disparurent. Un commissaire du gouvernement immédiatement nommé dans le département désignait dans chaque commune une commission administrative qui fut substituée au Conseil Municipal. Cette organisation fonctionna jusqu’en juin 1871 où se firent des élections municipales. Les conseillers furent comme auparavant élus au suffrage universel, mais le maire et l’adjoint furent encore désignés par le Préfet. En 1872 il y eut de nouvelles élections municipales, Maire et adjoint désignés par le Préfet conservèrent leurs fonctions. En octobre 1876, le droit d’élire maire et adjoint fut accordé aux petites communes. Vinrent de nouvelles élections municipales en 1878, en 1881. Ces renouvellements fragilisaient les maires. Deux autres raisons agirent puissamment : l’ingérence de la politique générale dans les conseils municipaux et une grave scission entre les conseillers de Loire et de Vérines (le budget communal représentait à cette époque la grande ruine locale : le phylloxéra ravageait les vignes d’où des difficultés dans la vie quotidienne des vignerons et toute dépense nouvelle était mal vue.

1870 – La garde nationale réapparaît, ce ne fut pas un trop gros poids pour la commune. 1876 et suivantes : arrachage complet des ceps. Dans un pays producteur de vin et d’eau de vie, il fallut orienter la production vers le blé, le fourrage, l’élevage. Ce fut un désarroi immense. La population se mit à diminuer (moins de main d’œuvre nécessaire). Population en 1896 : 980 habitants. En 1879, la ruine pour les vignerons était imminente, et le problème de l’école à Loiré demeurait. Le projet est repoussé plusieurs fois mais en 1882, il est adopté à 1 voix de majorité. Un instituteur viendra et restera jusqu’en 1895. L’adjudication eut lieu le 3 juin 1883, l’école se bâtît. Mais les querelles restaient vives. L’idée du sectionnement de Loiré prit corps de plus en plus avec figure de revanche. Elle aboutit en 1887. Les travaux au cimetière reprirent. Anecdote : rappelons qu’en ce temps où le souvenir de la défaite de 1870 restait chez les Français particulièrement amer, on chercha à former la jeunesse dès l’école aux exercices militaires : les bataillons scolaires furent partout organisés et la commune fit en 1883 l’acquisition de fusils de bois du type scolaire dont on se servit à l’école durant plusieurs années ; ce fut l’époque où le sentiment patriotique nourri par l’enseignement de l’école fut en France le plus florissant. Dans cette même période, en 1872, Sainte-Soulle fut doté d’un bureau de poste, Vérines y fut rattaché et son service postal fut assuré par un facteur de Sainte-Soulle et non plus par Nuaillé. Ces années furent des années pénibles pour les habitants de notre commune, elles marquent la fin d’une culture plusieurs fois séculaire, celle de la vigne. Au point de vue agricole ce fut une révolution complète. Mais de ce désastre immédiat sortit une réelle prospérité à la fin du 19ème siècle, pour une population, il est vrai, fort réduite. Le potentiel de richesse agricole pour modeste qu’il puisse paraître à côté de ceux de l’industrie et du commerce demeure quand les autres tombent ; renouvelable avec les saisons il semble éternel comme la nature elle-même.

Ère de stabilité insoupçonnable à Vérines avec l’élection le 10 mai 1885 de M. E. Pezeaud (conseiller municipal depuis 1881). Il n’avait pas pris une part prépondérante aux querelles des dernières années. Commerçant, il savait ce que devaient être les comptes. Réélu Maire tous les 3 ans, sa situation ne fut jamais réellement discutée. On cessa d’assurer par piéton la liaison postale avec Sainte-Soulle.

  • 1896 : Installation d’un bureau télégraphique
  • 1905 : Création d’un poste de facteur-receveur communal
  • 1922 : un service départemental de transports passe par Vérines. 1930 -Acquisition d’une maison pour le bureau de poste
  • 1931 : Installation à Vérines d’une cantine scolaire
  • 1901 : Transformation complète de la façade de l’Eglise (le vieux clocher de bois et d’ardoise menaçait), construction d’un porche supportant un clocher de pierre dont la flèche est ornée d’une horloge à 4 cadrans (hauteur : 26 m). Le coq qui fait girouette sur le paratonnerre est situé à 58 m au-dessus du niveau de la mer. Une deuxième cloche fut ajoutée à celle du 18ème siècle, puis une autre. Après les bancs installés dans la nef en 1879, la grille du chœur provenant de l’église Notre-Dame de la Rochelle fut mise en place, les vitraux furent donnés par des généreux paroissiens et lors de l’éclairage public à Vérines, l’église en fut également dotée ; le vieux bénitier déplacé pendant la période révolutionnaire retrouvait sa place.

L’harmonie J. D’Arc à l’initiative de l’Abbé Hiou vît le jour ; des représentations théâtrales et cinématographiques eurent lieu dans une salle paroissiale. La disparition des vignes favorisa la culture du blé et la production de lait. Une des premières beurreries de la région fut créée en 1899 à Vérines (construite à l’entrée du Bourg, sur la route de Saint-Coux). Elle cessa de fonctionner en 1922 en faveur de celle de Fontpatour plus proche de l’eau (forage et écoulement des eaux usées). Et, c’est la guerre de 1914-1918, départ des hommes mobilisables (classes de 1891 à 1920) et deuils nombreux qui s’en suivirent. Vérines a payé un lourd tribut. Difficultés du travail par manque de bras, les réquisitions (chevaux, bétail, fourrages) les rationnements (pain). Les noms des morts de Vérines sont gravés sur un monument élevé dans le cimetière, dont l’inauguration eut lieu le 11 juin 1922 par le Préfet. Parmi les soldats rentrés dans leur foyer après cette longue guerre, certains revinrent avec la médaille militaire, d’autres avec des citations, plusieurs avaient été blessés et même plusieurs fois. Des décorations postérieures furent attribuées à de grands mutilés. En 1955, le Conseil Municipal célébra les cinquante années de magistrature de son Maire. Une plaque de marbre fut apposée dans la salle de la Mairie. De nombreuses associations se créèrent (boulangerie coopérative à Loiré, Société théâtrale, Société d’assurances contre la mortalité du bétail, société de battage, etc.) La Commune adhéra au Groupement Syndical des Communes qui permit l’installation de l’éclairage et de la force motrice dans les campagnes. Le pays resta toujours agricole, et la population continua à diminuer :

  • 1896 : 982 habitants
  • 1901 : 922 habitants
  • 1906 : 926 habitants
  • 1936 : 766 habitants

Mais cette période s’achevait dans une inquiétude générale : crainte de bouleversements sociaux, craintes de guerre.

Suite de la 3ème République et la nouvelle guerre (1937-1941)

À Vérines, comme ailleurs, ce fut la mobilisation générale, mais sans élan, avec résignation, le souvenir des hécatombes de 1914-1918 n’était pas encore effacé.

  • Hiver 1939 : Fontpatour accueille des réfugiés de la Moselle, venus avec leur curé et leur instituteur
  • Mai 1940 : Vérines dut héberger des réfugiés belges, puis d’autres du Nord, de l’Aisne, de la Somme. Puis passèrent des détachements militaires isolés
  • Et le 23 juin 1941 : arrivèrent les premiers détachements motorisés allemands. Comme à chaque guerre, des réquisitions et des humiliations. Puis ce fut la libération et la vie reprit son cours normal.

Voilà, avec beaucoup d’inconnues et très résumée l’histoire de Vérines au cours de plusieurs centaines d’années. La Commune a évolué, s’est développée et elle a pris rang parmi celles de la banlieue rochelaise.

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